Qui reçoit les kWh, et donc qui fait l'économie
La clé de répartition n’est pas un réglage technique. C’est la décision qui partage la valeur de l’opération entre ses participants — et elle se rejoue toutes les quinze minutes.
Trois règles, et tout le reste en découle
Quinze minutes
La répartition se calcule sur chaque pas de mesure, pas sur l’année. Une clé juste sur douze mois peut gaspiller la moitié de la production un mardi après-midi.
Jamais plus que sa consommation
On ne peut pas affecter à quelqu’un plus d’énergie qu’il n’en a réellement appelée sur le pas de temps. Le reste doit aller ailleurs.
Ce qui n'est affecté à personne part en surplus
Et le surplus se vend au prix du surplus — c’est-à-dire beaucoup moins cher que l’énergie partagée ou est valorisé sur les marchés, c’est ce mécanisme qui a amené le décret du 26 juin 2026.
De là vient toute la difficulté : une clé peut être parfaitement équitable sur le papier et détruire de la valeur en pratique, simplement parce qu’elle attribue de l’énergie à un participant qui, à cet instant-là, ne consomme rien.
Voyez-le sur un seul quart d'heure
Trois consommateurs, trois clés, la même production. Les valeurs par défaut sont celles d’un après-midi ordinaire : l’école tourne au ralenti, l’atelier travaille.
Ce que le producteur injecte
Ce que les trois consommateurs appellent, sur ce même quart d'heure
Avec les valeurs par défaut, la clé statique laisse partir près d’un tiers de la production en surplus — alors que la consommation totale du collectif aurait suffi à tout absorber. C’est ce gaspillage que le décret de 2026 s’attaque à supprimer.
Les clés qu'Enedis propose aujourd'hui
Quatre formes, qui se distinguent par deux choses : qui calcule, et à quel point la clé suit la consommation réelle.
Calculées par Enedis
Calculées par la personne morale organisatrice
Le choix n’est pas seulement technique. Une clé statique dit aux participants exactement ce qu’ils vont recevoir, ce qui rassure et se contractualise facilement. Une clé dynamique maximise le volume partagé, donc la valeur créée, mais personne ne sait à l’avance ce qu’il touchera. C’est un arbitrage entre lisibilité et rendement, et il se tranche au moment de rédiger les conventions.
Pourquoi ce décret existe
Parce que la répartition après coup permettait un arbitrage, et que certains le pratiquaient.
Jusqu’en juillet 2026, la personne morale organisatrice déclarait ses coefficients après la livraison. Au moment de répartir, elle savait donc déjà tout : ce que l’électricité avait valu sur le marché ce jour-là, et ce que chaque consommateur payait à son fournisseur. Elle pouvait choisir en connaissance de cause — garder pour l’opération quand le partage rapportait plus, vendre au marché quand le marché payait mieux.
La CRE l’a écrit sans détour dans son avis sur le projet de décret : les coefficients dynamiques donnent « la faculté aux opérations d’autoconsommation collective de procéder à des arbitrages économiques en ayant une connaissance parfaite des informations après la livraison physique », ce qui permet « d’optimiser l’affectation des quantités produites à l’autoconsommation ou à la vente sur les marchés ».
Concrètement : on peut limiter l’autoconsommation quand le marché est haut, orienter la production vers les consommateurs dont le fournisseur coûte le plus cher, ou pousser le surplus vers l’installation qui bénéficie du meilleur soutien. En fin de mois, il ne reste plus grand-chose à partager — parce que l’essentiel a été vendu ailleurs.
Ce n’était pas une fraude : c’était permis, et rationnel pour qui savait le faire. Mais ça transforme le partage local en variable d’ajustement, et ça fait porter l’imprévu sur d’autres — les fournisseurs de complément et les responsables d’équilibre, comme le relève la CRE.
D’où la règle nouvelle : on s’engage avant de savoir. Les coefficients partent avant la fermeture du marché du lendemain. On ne peut plus arbitrer avec une information qu’on n’a pas encore.
Et c’est ce qui explique la part fixe. Elle est la version assumée du même besoin : un producteur qui veut réellement vendre une partie de sa production ailleurs le déclare à l’avance, une fois, et s’y tient deux ans. On ne supprime pas l’arbitrage — on l’oblige à être annoncé.
Qui était visé ? Les grandes opérations multi-producteurs pilotées par un opérateur qui optimise, pas une commune avec sa toiture et trois bâtiments. Mais la règle s’applique à tout le monde : si vous êtes dans le second cas, vous n’avez rien à changer à vos intentions — seulement à votre calendrier de déclaration.
Ce que change le décret du 26 juin 2026
Il s’applique en deux temps, à un an d’intervalle. Beaucoup de publications se trompent sur ce point.
DEPUIS LE 1ᵉʳ JUILLET 2026
Les coefficients se transmettent la veille
Fini la déclaration après coup : les coefficients — ou l’ordre de priorité — doivent parvenir au gestionnaire de réseau avant la fermeture du marché du lendemain. Et chaque installation peut réserver une part fixe de sa production pour la vendre hors de l’opération.
AU 1ᵉʳ JUILLET 2027
Le reliquat cesse d'être perdu
Personne ne pourra recevoir plus qu’il n’a consommé, et ce qui n’aura pas trouvé preneur au premier tour sera réaffecté aux autres au prorata de leur consommation résiduelle. La clé devient une priorité de premier tour, plus une affectation définitive.
Ce que ça vaut concrètement. Une clé statique cessera d’être punitive : ce que l’école n’utilise pas ira à l’atelier au lieu de partir en surplus. Le collectif y gagne. En revanche, la personne morale organisatrice perd la maîtrise du second tour, imposé au prorata — on ne pourra plus décider qui récupère le reliquat.
Et les opérations existantes sont concernées. Il n’y a pas de clause de sauvegarde : au 1er juillet 2027, la règle s’appliquera aussi aux opérations en service. Une opération dont l’équilibre reposait sur une clé statique généreuse envers un participant devra renégocier ses conventions avant cette date.
La part fixe, et son piège
C’est la nouveauté de 2026 : un coefficient entre 0 et 1 par installation, qui soustrait une fraction de la production à l’opération avant tout partage. Le producteur peut ainsi sécuriser un revenu contractualisé ailleurs — obligation d’achat, contrat de vente direct — sans dépendre des aléas de consommation du collectif.
Elle est nulle par défaut, sans plafond réglementaire : on peut réserver jusqu’à 100 % de la production d’une installation. Et surtout, elle ne se modifie qu’une fois tous les deux ans.
Deux ans, c’est long à l’échelle d’un projet. Une part fixe posée trop haut à la mise en service ne peut pas être corrigée quand le collectif s’agrandit — alors même que l’ajout de consommateurs, lui, reste possible à tout moment. Le désaccord se crée là : on a réservé de l’énergie à la vente, de nouveaux participants arrivent, et on ne peut rien leur donner avant deux ans.
Notre conseil aujourd’hui : laissez-la à zéro si la seule valorisation alternative est l’obligation d’achat. Depuis juin 2026, le surplus se vend 1,1 c€/kWh — sans commune mesure avec ce que vaut la même énergie partagée localement.
Ce qui n'est pas encore écrit
Au 4 septembre 2026
Enedis n’a pas encore publié sa documentation technique de référence adaptée au décret. Une consultation des acteurs était ouverte jusqu’au 7 septembre 2026. Les noms et les modalités exactes des clés applicables aux opérations postérieures au décret ne sont donc pas arrêtés — nous décrivons ici les quatre clés en vigueur et la mécanique posée par le décret, et nous mettrons cette page à jour dès la publication de la documentation.