À quel prix se vend l'électricité entre voisins

Le gain d’une opération ne se devine pas, il se calcule. Trois postes évités du côté du consommateur, un contrat signé pour vingt ans du côté du producteur, et un couloir entre les deux. Voici comment vérifier le vôtre.

Deux bornes, et rien entre les deux qui soit libre

Un prix local n’existe que s’il convient aux deux parties. Ça restreint beaucoup.

le plancher

Ce que le producteur touche déjà

Ce n’est pas un prix de marché : c’est une clause de son contrat d’achat, signée pour vingt ans. Deux repères — 4 c€/kWh au-delà de 1 100 heures équivalent pleine puissance, et pour le surplus d’un autoconsommateur individuel ; 1,1 c€/kWh pour les contrats signés depuis juillet 2026.

le plafond

Ce que le consommateur évite

La somme de trois postes qu’il ne paiera plus sur les kWh reçus du producteur local. Le troisième n’existe que dans une configuration précise, et c’est souvent lui qui ouvre le couloir.

Les trois postes du plafond

c€/kWh évités
L'énergie de son contrat Le prix du kWh que son fournisseur lui facture, hors acheminement et hors taxes. Il contient déjà le mécanisme de capacité et les CEE.
selon le contrat
L'accise À taux nul sur les kWh d'ACC renouvelable de moins de 1 MW, depuis le 1er mars 2025. Elle reste due sur le complément fournisseur.
3,062ménages et assimilés 2,635PME, haute puissance
L'acheminement, sous condition Seulement si toute l'opération est en aval du même poste HTA/BT, et seulement en basse tension. L'option divise cette part par deux à trois.
0 à 4,8selon la classe horaire
Le plafond, c'est-à-dire le coût évité La somme des trois. Au-dessus, le consommateur ferait mieux de rester chez son fournisseur.

L’accise a deux valeurs parce qu’elle dépend de la catégorie du consommateur, pas de son raccordement — et c’est une bonne nouvelle pour les collectivités : une commune qui agit comme autorité publique reste au tarif « ménages et assimilés » bien au-delà de 36 kVA. Sur 30 000 kWh partagés, l’écart entre les deux catégories vaut 128 € par an.

Testez votre configuration

La réglementation est appliquée automatiquement. Tout ce qui est réglementaire est daté et sourcé sous le testeur.

Le testeur gagnant-gagnant

L'opération

kWh par an, réellement consommés dans le périmètre
c€/kWh. Repères : 4 c€ au-delà de 1 100 h ou pour un surplus S21, 1,1 c€ pour les contrats signés depuis juillet 2026. Ce tarif est fixé pour vingt ans à la signature.
c€/kWh HT
c€/kWh HT, hors acheminement et hors taxes. Ce prix contient déjà le mécanisme de capacité et les CEE, comme tout prix fournisseur.

Le consommateur

€/an et par consommateur, facturé pour l'option d'autoproduction collective. Se lit dans la brochure tarifaire Enedis.

Les profils qui gagnent le plus

Ce ne sont pas des cas de chance : ce sont des conséquences mécaniques de la réglementation.

Tout le monde en aval du même poste HTA/BT

La configuration reine. Si tous les participants, producteurs comme consommateurs, sont raccordés en aval du même poste de transformation, chacun peut opter pour l’acheminement « autoproduction collective » — deux à trois fois moins cher sur la part partagée. À l’échelle d’un bourg, d’une zone d’activité ou d’un quartier, c’est souvent atteignable. Ça se vérifie auprès d’Enedis avant de dessiner le périmètre, pas après.

L'opération patrimoniale

Producteur et consommateur sont la même personne morale : une commune et ses bâtiments, un bailleur et son parc, une entreprise multi-sites. Je produis, je me revends mon électricité — au prix que je veux, y compris zéro. Résultat : pas de kWh à acheter, pas d’accise, ni capacité ni CEE dans un prix fournisseur, et pas de TVA sur tout cela puisqu’il n’y a rien à facturer.

Le producteur au-delà de 1 100 heures

Les contrats d’obligation d’achat en vente totale plafonnent le tarif plein à 1 100 heures équivalent pleine puissance par an. Au-delà, le productible n’est plus payé qu’environ 4 c€/kWh. Un site bien exposé qui dépasse ce plafond a donc un gisement de kWh bradés, que l’ACC revalorise sans rien changer à l’installation.

L'autoconsommateur individuel dont le surplus est bradé

Le surplus d’une installation qui relève du contrat type S21 est racheté 4 c€/kWh, et depuis juillet 2026 les nouveaux contrats de petites installations tombent à 1,1 c€. Basculer ce surplus en ACC — le vendre à des voisins plutôt qu’à l’obligation d’achat — en multiplie la valeur, sans toucher à ce qui est déjà autoconsommé.

Tous ceux qui ne récupèrent pas la TVA

Collectivités, associations, santé, enseignement, particuliers, franchise en base : chaque euro évité sur la facture est un euro TTC. À économie hors taxes égale, leur gain réel est d’environ 20 % supérieur à celui d’une entreprise qui récupère la TVA. Une nuance à vérifier tout de même : certaines collectivités ont des activités assujetties.

Et quand le couloir est trop étroit

Une opération réelle, étudiée en juin 2026. Chiffres exacts.

Trois producteurs, deux consommateurs
224 870 kWhproduits dans l'année
224 710 kWhconsommés dans le périmètre
46 559 kWhréellement partagés
20,7 %de la production
Partagé dans le périmètre 20,7 % Parti en surplus 79,3 %

Production et consommation s'équilibrent presque parfaitement sur l'année. Et pourtant quatre cinquièmes de la production partent en surplus, parce qu'elles ne tombent pas aux mêmes heures. Les gains suivent : deux producteurs gagnent 3,6 % et 9,4 %, le troisième perd 0,1 % ; un consommateur économise 483 € par an, l'autre paie 17 € de plus.

C'est ce qu'aucun testeur ne peut voir : la simultanéité se calcule sur les courbes de charge réelles, au pas de 15 minutes, celui de la répartition Enedis. Des moyennes annuelles auraient annoncé une opération excellente.

L'étude n'a pas conclu que le projet était bon. Elle a dit ce qui manquait : dans le périmètre, deux sites à démarcher représentent 629,8 MWh par an — trois fois et demie le surplus perdu. C'est ce que vous achetez à 1 900 €.

Un mot enfin sur le stockage : une batterie déplace l’énergie des quarts d’heure de production vers ceux de consommation. Elle peut transformer un profil médiocre en bon profil, et c’est le premier levier à chiffrer quand la simultanéité est le point bloquant.

Ce que le testeur ne compte pas : la durée

S’engager ou rester libre — c’est la vraie question, et elle ne se tranche pas sur le gain de la première année.

Le testeur compare des prix d’aujourd’hui. Or les deux prix qu’il met face à face n’ont pas la même espérance de vie : le prix local est fixé par un contrat de longue durée, quand le prix fournisseur sera renégocié cinq ou six fois d’ici vingt ans. Les comparer à un instant donné, c’est comparer une assurance à un pari.

Et cet instant-là est un creux

Le prix de l’électricité est aujourd’hui revenu près de ses niveaux d’avant la crise de 2022, après trois années où il les avait multipliés. Conséquence directe sur le testeur : le plafond — le coût évité du consommateur — est mesuré au plus bas. Le couloir que vous voyez à l’écran est donc mesuré au creux, pas à la moyenne des vingt ans qui viennent.

Personne ne sait ce que feront les prix. Mais celui qui attend que le couloir s’élargisse attend, par construction, que les prix remontent : il aura passé les années d’attente à les payer.

Le risque n'est pas partagé — il n'est que d'un côté

Le producteur

Il était déjà bloqué

Son contrat d’achat est signé pour vingt ans à un tarif fixe. Son alternative à l’ACC n’est pas le marché : c’est un autre prix figé. Vendre localement ne lui ajoute aucun risque de prix — il change d’acheteur, pas d’horizon. À condition que le contrat local ait la même durée, sinon il perd précisément ce qu’il avait.

Le consommateur

Il est le seul exposé

Lui renégocie tous les un à trois ans, et subit ce qu’il trouve. La PME de notre page d’accueil a signé 70 c€/kWh en heures pleines jusqu’en 2028 pour avoir signé au mauvais moment. C’est lui, et lui seul, que la durée protège.

C’est le mécanisme de fond : l’ACC déplace la stabilité de celui qui l’avait déjà vers celui qui n’en a aucune, et ce transfert ne coûte rien à personne. C’est ce qui rend un couloir étroit signable — sur le cas ci-dessus, +3,6 % par an répétés vingt fois ne se lisent pas comme +3,6 % une fois.

« Et si je veux rester flexible ? »

L’objection est juste, et elle a deux réponses.

La première est arithmétique : on ne s’engage jamais sur toute sa consommation. Une opération d’ACC couvre une part — 20,7 % dans le cas ci-dessus, rarement plus de la moitié. Le reste continue de suivre le marché, chez le fournisseur habituel, avec la même liberté qu’avant. L’engagement est partiel par construction : on ne troque pas sa flexibilité, on en met une fraction à l’abri.

La seconde tient dans le contrat, et c’est là que ça se joue vraiment. La clause qui décide de tout n’est pas le prix de départ, c’est la façon dont il évolue : indexation, révision périodique, plancher, plafond, conditions de sortie. Un prix strictement figé pendant vingt ans expose le consommateur si les prix s’effondrent ; un prix indexé sans plafond lui reprend d’une main la protection qu’on lui a donnée de l’autre. C’est le point qu’un porteur de projet ne pense presque jamais à écrire, et le premier que nous regardons.

Une partie de tout cela peut être financée

Les aides à l’autoconsommation collective sont régionales, pas nationales. Tapez votre département.

Les aides près de chez vous

Une aide à l'investissement ne se cumule pas avec le tarif d'achat. L'article 13 de l'arrêté du 6 octobre 2021 interdit de cumuler le tarif d'achat avec un autre soutien public à la production, et la note d'interprétation de la DGEC de mai 2022 le confirme. Mais elle réserve explicitement une exception qui vous concerne : les coûts de développement d'une opération d'autoconsommation collective — études, AMO, montage juridique — restent finançables, parce qu'ils ne sont pas couverts par le tarif. C'est ce qui rend les aides « étude » cumulables là où les aides « investissement » ne le sont pas.

Votre couloir est-il ouvert ? Entre le prix plancher du producteur et le prix plafond du consommateur, il reste parfois peu de place — et parfois aucune. Nous calculons le vôtre sur vos chiffres.
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